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Marcel Proust le musicien

Marcel Proust le musicien


Decca, 2011

Description

Proust musicien... Les interprètes conviés à la révélation de ce programme tout en correspondances et fusion artistique s'engagent pour en exprimer les champs souterrains, la matière onirique, tout ce monde où la mémoire réactivée peut recomposer le tissu palpitant des souvenirs et des affections passéesMagnifique édition à l'initiative d'Universal Music France et de son directeur Yann Ollivier: chaque mélomane exigeant mais aussi tout néophyte que l'hypothétique accord littérature/musique fait rêver, puisera dans ce livre disque exemplaire, une source de découvertes et d'évasion inestimables entre les deux disciplines. L'objet est d'autant plus légitime que Marcel Proust (1871-1922) , amant puis ami fidèle de l'immense Reynaldo Hahn; connaisseur comme peu des écritures de Fauré, Saint-Saëns, Franck, Debussy, sans omettre Beethoven, les auteurs russes, Chopin ou Wagner... a toujours eu la fascination de la musique; sujet de vénération mais aussi modèle dans la conception de sa propre écriture, elle-même si musicale. Le texte riche et bien conçu cite les passages d'A la recherche du temps perdu où Marcel parle de musique voire cite directement ou allusivement les compositeurs qu'il admirait: ce sont plusieurs extraits de La Prisonnière et Du côte de chez Swann qui sont ici alternativement aux oeuvres musicales, lus par Romane Bohringer, Didier Sandre, Michael Lonsdale. Musicalement, les 2 cd éclairent le goût musical de Proust, surtout évoque les vrais compositeurs qui ont dans La Recherche, inspiré le personnage clé de Vinteuil. Ici, se concentrent pour ne composer qu'un tempérament générique, Fauré, Saint-Saëns, Franck: trilogie proustienne désormais emblématique d'une esthétique exemplaire, celle introspective et suggestive, d'une indicible profondeur, propre aux années 1890-1910. Vinteuil révélé On comprend par exemple qu'en vrai mélomane, Proust, fin amateur de musique de chambre (mais aussi d'opéra, comme son enthousiasme immédiat pour Pelléas et Mélisande de Debussy, écouté grâce au théâtrophone, en témoigne), pensait directement à la Sonate pour violon et piano de Saint-Saëns en évoquant dans son oeuvre la fameuse Sonate de Vinteuil (précisément la Sonate n°1 pour piano et violon créée en 1885: ainsi est elle nommément citée dans son premier roman inachevé Jean Santeuil, écrit de 1895 à 1899). L'andante de la Sonate de Vinteuil fait émerger la non moins célèbre petite phrase, désormais indéfectiblement liée à l'amour de Charles Swann pour Odette... Mais Proust affectionne aussi la Sonate pour violoncelle et piano n°2 en particulier son troisième mouvement qui donne la matière autonome de la Romance du même Saint-Saëns. Proust y décèle cet équilibre suprême, maîtrise totale de l'intensité affective qui même exacerbée, conserve ce classicisme formel imperturbable, d'une sérénité pudique hypnotique... partagé par l'oeuvre de son ami Hahn (autre néoclassique fascinant). La Sonate de Franck (violon et piano) est aussi une oeuvre fétiche pour l'écrivain, Sonate tout autant clé pour l'élaboration de son oeuvre littéraire: le livre cd présente la version pour piano et violoncelle conçue par le violoniste (et violoncelliste) Jules Delsart (mort en 1900); c'est encore la Sonate pour piano et violon de Gabriel Fauré , autre modèle crédible pour la Sonate de Vinteuil... Les interprètes conviés à la révélation de ce programme tout en correspondances et fusion artistique s'engagent pour en exprimer les champs souterrains, la matière onirique, tout ce monde où la mémoire réactivée peut recomposer le tissu palpitant des souvenirs et des affections passées. Aux citations des textes de Proust, aux Sonates ainsi évoquées, signées Saint-Saëns, Franck, Fauré (auxquelles se joint celle de Debussy pour violoncelle et piano), la sélection des musiques proustiennes comprend aussi plusieurs mélodies de Reynaldo Hahn (A Chloris dans deux versions: pour violoncelle et piano et pour voix et piano; Si me vers avaient des ailes); le prélude de l'acte III de Tristan und Isolde de Wagner (que Proust admirait tant, même si comme le rappelle Yann Ollivier, le prélude du I de Tristan se détache à la fin du premier mouvement de la Première Sonate pour violon et piano de Fauré... un jeu de correspondances secrètes auquel Proust a pu se prêter de son vivant), l'adagio du Quatuor n°14 de Beethoven par le Quatuor Capet (enregistré en 1928), ceux-là mêmes que l'écrivain fit venir dans son appartement parisien pour qu'ils lui jouent l'oeuvre du compositeur germanique. Livre cd événement. Proust le musicien. Livre 2 cd Decca (0 28947 64693 8). Parution : le 28 novembre 2011. Lire aussi notre dossier spécial Proust et la musique. Antony Leroy, violoncelle. Sandra Moubarak, piano. Tedi Papavrami, violon. Magal Léger, soprano. Quatuor Capet (Beethoven), Karl Böhm (Wagner).

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