Programmes

Pour saluer Melville


La traduction de Moby-Dick, de Herman Melville [...], commencée le 16 novembre 1936 a été achevée le 10 décembre 1939. Mais, bien avant d'entreprendre ce travail, pendant cinq ou six ans au moins, ce livre a été mon compagnon étranger. Je l'emportais régulièrement avec moi dans mes courses à travers les collines. Ainsi, au moment même où souvent j'abordais ces grandes solitudes ondulées comme la mer mais immobiles, il me suffisait de m'asseoir, le dos contre le tronc d'un pin, de sortir de ma poche ce livre qui déjà clapotait pour sentir se gonfler sous moi et autour la vie multiple des mers. Combien de fois au-dessus de ma tête n'ai-je pas entendu siffler les cordages, la terre s'émouvoir sous mes pieds comme la planche d'une baleinière ; le tronc du pin gémir et se balancer contre mon dos comme un mât, lourd de voiles ventelantes. Levant les yeux de la page, il m'a souvent semblé que Moby-Dick soufflait là-bas devant, au delà de l'écume des oliviers, dans le bouillonnement des grands chênes. Mais, à l'heure où le soir approfondit nos espaces intérieurs, cette poursuite dans laquelle Melville m'entraînait devenait plus générale en même temps que plus personnelle (...) Jean Giono. -4e de couverture-

Ecouter le direct
Le direct