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Prises de position sur le refus de pucer les animaux


2011

Description

PRISES DE POSITION SUR LE REFUS DE PUCER LES ANIMAUX *L’arrivée de la puce électronique dans nos troupeaux impose la traçabilité et l’informatisation de notre activité. La traçabilité a pour origine le secteur industriel. Elle a été mise au point au début du XXème siècle sur les premières chaînes de production des usines et les premiers supermarchés des USA. La traçabilité est une nécessité de la production et de la consommation de masse. L’identification administrative des bêtes, quant à elle, a débuté en France dans les années 60. Probablement pas, comme on l’entend souvent, pourdes raisons sanitaires, mais plutôt pour centraliser dans les mains del’administration et de la recherche ce que les chercheurs osent appelerl’amélioration des races.Il y a encore quinze ans, la traçabilité était un terme utilisé seulementpar les cadres de l’industrie et de la recherche. Aujourd’hui tout le monde en parle et de manière positive. Le développement de la filière bio et de la consommation responsable n’est pas étranger à ce phénomène. Désormais vernie d’une éthique qu’elle n’a jamais eu la prétention d’avoir, la traçabilité est devenue l’un des cache-misères de la production industrielle et de la société qui va avec.Que les experts des risques industriels et les gestionnaires des crisessanitaires continuent de mesurer ce qu’ils veulent et de gesticuler dans tous les sens si ça leur chante. Mais qu’ils ne viennent pas nous emmerder. Nous ne voulons pas de leur monde industriel. Ce que l’agriculture industrielle a détruit, empoisonné, nous n’y sommes pour rien. Nous ne sommes pas des producteurs de viande. Nous sommes des éleveurs. Nous vivons avec des bêtes. Leur compagnie nous est indispensable. Nous travaillons avec elles et pour elles. Elles nous reconnaissent, nous font confiance. Elles s’attachent à nous autant que nous à elles. Ce ne sont ni des choses ni des machines à produire.L’élevage s’exprime avec des gestes de tous les jours échangés entre les bêtes et nous. Cela ne nous suffit pas qu’elles aient à manger et à boire, on recherche en plus une relation avec elles quitte à se compliquer la vie, se torturer l’esprit quand il faut les soigner, les vendre, ou les tuer. Ces gestes, ces habitudes, ces états d’âme, nous les préservons autant que possible de la modélisation et de la folie gestionnaire. Nous avons beaucoup de pouvoir sur la vie des bêtes mais nous refusons de les plier constamment à notrevolonté. Et surtout nous ne délèguerons jamais ce pouvoir à une mécanique administrative et scientifique qui réduira les bêtes au rang de minerai et nous-mêmes au rang de simples exécutants.Nous avons les idées suffisamment claires sur l’élevage pour ne pasvouloir être à notre tour domestiqués par les normes et la bureaucratieagricole. Nous ne supportons pas que l’on pense et que l’on fasse les choses à notre place, particulièrement quand les donneurs d’ordre sont impalpables (normes, logiciel, règlement européen).Je refuse de pucer mes brebis.Antoine Brégeon.* Depuis juillet 2010, je dois mettre à mes agneaux des bouclesélectroniques, et d’ici l’année 2013 ce sont toutes mes brebis qui serontconcernées.Parce que mes brebis ne peuvent pas devenir des machines, il m’estimpossible de leur mettre des puces électroniques. J’ai encore plaisir à passer du temps au milieu de mon troupeau, à les observer, les distinguer par leurs robes, leurs comportements. Ce sont des moments qui donnent sens à ma vie. Des moments où les animaux nous apprennent à vivre, nous aussi. Le puçage de nos animaux et l’introduction de l’informatique dans notre travail quotidien,viennent faire écran aux relations que nous construisons tous les jours avec eux. Cette situation qui nous est imposée est la poursuite del’industrialisation de l’agriculture. Après la deuxième guerre mondiale, l’essor de la mécanisation aidant, les paysans vont agrandir leurs surfaces pour élever plus de bêtes. Ils ne vont plus travailler avec leurs voisins, mais seuls, et vont se spécialiser. Les quantités qu’ils vont produire augmentent, entraînant la sélection des plants et des races. Certaines vont même disparaître, ou presque. Leur savoir est segmenté, parcellisé, ils deviennent naisseurs, engraisseurs ou céréaliers.

La condition des hommes est en rapport avec celle des bêtes. Dans lesateliers d’engraissement on trouve des animaux qui ont une vie réduite au m², qu’ils occupent de leur naissance à leur mort. Ces paysans sont devenus des opérateurs sous contrat. Ils ne décident ni de l’alimentation de leurs bêtes, ni des soins à leur donner, ni de leur mort, ni de leur vente et ni de leur prix. Aujourd’hui, le génie génétique accélère le mouvement. La productionanimale est en voie d’atteindre le stade ultime de son développement : la production de viande in vitro, production biotechnologique de protéines animales. Pour moi, la boucle électronique que l’on nous demande de mettre à nos brebis ne fera que renforcer la filière industrielle. Actuellement, l’administration justifie le puçage par une amélioration dela traçabilité. Or, ceci est une supercherie. Le terme de traçabilité estassocié spontanément à « qualité », « sécurité » ; cela n’empêche pourtant pas les crises sanitaires et la mauvaise qualité des produits. C’est surtout de la logique productiviste et des circuits d’échanges mondiaux que tout cela provient. L’industrialisation rompt l’équilibre entre les hommes et les bêtes, et provoque un déracinement culturel et géographique. Petit à petit, le paysan et ses bêtes perdent tout un savoir-faire, unesensibilité, un imaginaire ; alors que « depuis les premiers temps desprocessus domesticatoires, il y a de cela une dizaine de millénaires, lesanimaux vivent, travaillent et meurent avec nous. Ils ont construit avec nous les sociétés humaines, ils sont constitutifs de notre identité collective et subjective. Nous avons besoin d’eux pour être ce que nous sommes, c’est-à-dire des êtres humains »1.Par conséquent, je refuse de pucer mes brebis.Martine Chaplot.*J. Porcher, chargée de recherches à l’Inra.Les éleveurs d’ovins et caprins se voient obligés de poser une boucleélectronique à leurs animaux depuis le 1er juillet 2010. Pour les éleveurs de bovins, dont je suis, les boucles existent et sont disponibles pour ceux qui les désirent. Dernière étape avant de les imposer à tous, des réunions, en énonçant les avantages, commencent à être organisées pour faire accepter aux éleveurs cette nouvelle règlementation.Les 2 arguments les plus assénés sont : l’amélioration de la traçabilitésanitaire et le confort de travail procuré à l’éleveur.Le puçage n’est pas une identification plus fiable : les systèmes lesplus simples sont les plus sûrs (tatouage). La technologie revêt l’idéed’inviolabilité pour rassurer sur la traçabilité, cette notion si rabâchéequ’elle se substitue à celle de qualité. La traçabilité, indispensable àl’agro-industrie, est une sécurité illusoire, car cette même industrie estsouvent à l’origine des crises sanitaires (cf. crise de la vache folle).C’est la localisation de la production qui améliorera les capacités de suivi et la qualité, et non un gadget high tech !Quant au confort de travail... il s’agit surtout de faciliter la gestionadministrative de nos troupeaux, tant on est soumis à l’accumulation deréglementations et obligations, et ce sont celles–ci qui créent le besoin de passer à l’informatisation.De plus, ce confort est surtout celui des élevages en route pour devenirsous-traitants de l’agro-industrie. Ces élevages « saisiront l’opportunité du puçage » : supporteront les coûts supplémentaires dus aux lecteurs, logiciels, portails automatiques... Ils pourront grossir grâce à moins de manutention, plus de fluidité du troupeau et d’automatisation de leur travail ( tris, pesées, distribution de concentrés...). Grâce aux réseaux informatiques auxquels l’animal est intégré via la puce, la connaissance individuelle d’une bête (naturelle dans les petits troupeaux) sera possible : accès à sa généalogie, aux événements de sa vie, à ses performances...Certes, il n’est pas toujours facile à un éleveur de se soustraire àcette logique industrielle, mais intégrer les discours des experts et être dupe de l’artificialisation amenée par la technologie donnent la mesure de sa compromission.Il ne faut pas oublier que le puçage renforce l’idée et la faisabilitédes contrôles. Comme les revenus agricoles ne permettent pas de se passer des primes, l’administration nous contrôle, nous dépossède de nos choix par ses envies normalisées. L’humain est alors considéré comme le point faible, est suspecté et donc à surveiller.Dans ces perspectives-là, on imagine bien l’opportunité que sont lespuces !Je terminerai par ce qui me parait le plus important : le rapport àl’animal. Et ce rapport, qui est au coeur de notre métier, est remis en cause par le puçage. Ce métier ne deviendra pas plus confortable grâce au pucage mais il se videra de son sens. L’animal ne sera plus lié à l’éleveur et sera réduit à sa fonction alimentaire.Quel intérêt y aura-t-il à être éleveur si nos pratiques nous sonttoujours plus dictées et étroitement surveillées, et si l’animal devient unproduit manufacturé niant son compagnonnage avec l’homme ?C’est pour cela que j’ai décidé de m’opposer aux puçage de mes bêtes,avec l’idée que rien n’est inéluctable : ce qui a été fait peut être défait !Christine Foissac.*Dans les livres d’histoire de l’école publique française, il était écritque la mécanisation de l’agriculture avait libéré la main-d’oeuvre des campagnesqui, en allant travailler à l’usine, avait permis la révolution industrielle.C’est sans doute ce goût prononcé pour la liberté qui a faitqu’aujourd’hui, à l’échelle française, la plupart des gens ne produisent pas leur propre nourriture.C’est sûrement ce penchant pour l’usine qui fait que 99% de la viandeconsommée dans ce pays est produite de façon industrielle.Par exemple dans le cas des agneaux, pour chaque animal vendu, sonengraissement nécessite en moyenne 60 kg d’aliment industriel à base de soja pour obtenir un poids moyen de 18 kg par carcasse.La généralisation de ce mode de production, qui nourrit tous les animaux avec les mêmes ingrédients (seule la formulation change un peu) aboutit à la monoculture de soja en Amérique latine sur 45 à 50 millions d’hectares.Nous, qui élevons des brebis et d’autres animaux, ne représentons plusque le centième en terme de quantité de viande produite sans confinement du bétail et recours à tous ces aliments plus ou moins nocifs pour la santé ;Nous sommes encore là parce que par le passé nous avons refusé de nous soumettre à des acheteurs qui, en tant qu’intermédiaires, exigeaient de nos animaux une conformation standard et donc une nourriture standard. « La qualité, c’est la régularité » venaient-ils nous dire. « Un produitconforme et régulier, ça se vend bien. » rajoutaient-ils. Et ils terminaient en disant que « La bonne camelote, c’est celle qui se vend bien ». Puis ils remontaient dans leur bétaillère et nous on se débrouillait pour vendre nous-mêmes nos animaux.Aujourd’hui, ces maquignons ont presque tous disparu. Le marché, qu’ils avaient construit en l’approvisionnant, les a supprimés par ce mouvement de concentration qui ramène toujours la fortune vers ceux qui en possèdent le plus.Donc nous sommes toujours là et nous refusons de nous soumettre à une nouvelle exigence industrielle : ce coup-ci, de tracer électroniquement la viande. C’est-à-dire qu’ils veulent continuer à vendre de la merde aux gens, mais pour les rassurer, on leur dit que c’est tracé et donc que ça ne risque rien.Et par cette posture qui caractérise les puissants depuis toujours, cequi vaut pour eux doit être appliqué à tous.C’est-à-dire que si l’industrie veut des puces, tout ce qui s’appelleviande doit porter des puces.Comme si tout ce qui n’est pas puissance et argent n’avait jamais rienvalu et n’avait plus d’intérêt.Comme à l’époque coloniale, l’arrogance des dominants leur faisaitappeler oisiveté tout ce qui n’était pas travail et exploitation des gens etdes choses.Et leur ôtait tout scrupule à s’accaparer le bien des indigènes en lesjugeant incapables d’en profiter eux-mêmes.A ce point que quand les esclaves se soulevaient, les maîtres tentaientde les calmer en leur donnant un peu plus de pain et de couvertures alors que c’est de dignité qu’ils avaient faim.C’est toujours cette suffisance qu’on affronte aujourd’hui. En plus moderne bien sûr, rendue plus acceptable par les experts en com’. Le mépris dédaigneux des autres s’est souvent changé en incompréhension polie, en malentendus préparés d’avance.Persister à refuser, c’est sûrement perdre des subventions, mais c’estaussi affirmer que l’humiliation ne se compense pas avec de l’argent, qu’il est possible de gagner moins et de ne pas échanger que de la monnaie entre nous.Laurent LARMET.Parce qu’il n’est plus possible de subir sans rien dire cette avalanched’obligations, d’interdictions, induites par l’industrialisation délirante detout, tout en continuant d’aller aux brebis avec le sourire,Parce qu’il ne m’est pas envisageable de me taire,Et pour tout le reste,Je refuse de pucer mon troupeau. Nathalie FERNANDEZ.Sur la traçabilité.Nous sommes pour que les gens sachent la vérité sur ce qu’ils mangent.On en a marre de voir sur les marchés ces saucisses et jambons de nos montagnes, vendus par de joviaux moustachus, rondouillards à chapeau et petites nappes à carreaux.Médaille par ci, label par là, grand prix du festival de la qualitéalimentaire... Tout ça pour un cochon qui est né en Hollande, a grandi au Danemark et est-ce qu’il est au moins mort par ici, pour avoir tant dedécorations ?Il aura en tous cas passé sa courte vie à bouffer des saloperiesvitaminées à base de soja brésilien OGM ;Mais ça a créé des emplois, dans le transport et l’emballage, surtout.Bon, si tout le monde veut des puces, on peut en mettre, ça nousrabaissera juste un peu plus, de toute façon on est presque au fond.Mais avant ça, seulement une petite condition : dans un souci decohérence sur la prévention des risques alimentaires, nous exigeons au préalable de la parfaite traçabilité de nos animaux que soit démantelée toute installation nucléaire située à moins de 1000 km de tout élevage. Tant qu’on y est, la certitude qu’aucune eau ne subisse de pollution chimique.Dans l’attente, venez plus nous faire chier, bandes de cons-trop-leurs.Léon et Jeanne NAMPEPUSSE.

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