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Yasmine Hamdan

Yasmine Hamdan


Kwaidan records, 2012

Description

Yasmine Hamdan, le disque, s’est fait en deux temps. Dans un premier temps, Yasmine a travaillé avec le guitariste Kevin Sedikki dans un esprit plutôt folk, rêvant à un certain intimisme très imprégné par le romantisme des années soixante-dix (Beirut, Bala Tantanat, Shoei). Marc Collin a ensuite posé sur ces mélodies une matière électronique, ses synthétiseurs redonnant relief et aux titres.
Le reste de l’album est le fruit d’une intense collaboration studio entre Yasmine et Marc. À partir de la collection de synthétiseurs vintage de Marc (notamment le fantastique Roland Jupiter 8 et le Chroma Polaris), ils ont choisi de créer un univers sonore qui puisse accompagner les fluctuations de la voix de Yasmine, asseoir la langue arabe dans un environnement libre de codes. Les mélodies arabes, parfois complexes ou tonales, se posent ici sur des accords très simples aux tonalités pop. La voix devient matière. Les boucles rythmiques sont créées à partir de sons organiques qui ne rappellent que de très loin des percussions «ethniques». Sur NAG, Ya Nediya, Samar, In Kan Fouadi, on pense davantage à la grande époque du label 4AD (Cocteau Twins, This Mortal Coil).

L’album s’ouvre sur In Kan Fouadi où les claviers de Marc Collin ont l’étendue et la retenue d’un Brian Eno, posent les choses moins sur une carte que sur un territoire personnel : tout cela est écrit, chanté, avec un sentiment d’exil intime. Les sons reviennent de loin, sont passés par des chemins minés, chaque déplacement les a rendus différents.
Yasmine a passé son adolescence entre Beyrouth, Abu Dhabi, le Koweït, la Grèce.
Ce disque a été écrit, et imaginé, à Paris, aujourd’hui.

Beirut est le nom d’une ville, autrefois sa ville, le nom aussi de la capitale la plus essentielle mais aussi la plus maudite du monde arabe, mais Beirut ici, c’est aussi le souvenir d’un morceau gran- diose, presque ivre, que le grand Omar El Zenneh offrait à sa ville. Yasmine lui retourne la dédicace en lui donnant une tonalité beaucoup plus sombre, beaucoup plus hantée. Entre l’original et sa ver- sion, combien d’années de guerres, combien de gens qui, depuis, vivent non plus à Beyrouth mais dans le souvenir d’une ville qui de son coté n’a cessé de changer. Les choses ne seront plus jamais les mêmes, à Beyrouth.

Samar rappelle Beyrouth quand la nuit tombe sur la ville et que l’électricité doucement s’allume, et avec elle la charge sexy de la ville. Il y a surtout quelque chose d’hindou ici, une pop moderne pour charmer les serpents de toujours.

Baaden déambule dans les villes du monde entier, en les confondant – un Tous les garçons et les filles de mon âge tout en légèreté, teintée d’espièglerie, manipulant avec ironie aussi bien les mots que les sens. Une chanson que Léonard Cohen aurait aimé faire chanter à une femme.

Ya Nass est un titre ensorcelé, hanté, qui tient presque sur un fil, avec une production minimaliste pour mieux faire ressortir cette voix qui tourne, ondule, serpente avec une belle distance dans le timbre. Il s’inspire d’un chant de la koweitienne Aisha Al Martha, la reine du Samri, sur lequel Yasmine a intégralement écrit un nouveau refrain, choisissant de poser des chœurs, à la fois solaires et tourmentés.

Irss sonne, bouge, claque, s’arrête, suspend son vol, reprend. C’est sexy comme un choubi irakien, Yasmine s’est complètement réappropriée le morceau le réarticulant, harmonisant des chœurs aigus sur la voix grave du refrain, créant surprise et relief. Le refrain, explosif et entraînant, contraste avec le couplet sur lequel on entend la voix se fixer sur un rythme polyphonique…

Ya Nediya est à la base une chanson koweitienne hilarante qu’elle entendait petite dans une série télévisée, et dont elle reprend ici les paroles mais invente avec Marc une mélodie qui délaisse
« l’innocente chansonnette amoureuse » pour mieux s’abandonner à un mélange de désir et de sous-entendus érotiques.

NAG est le travail d’un morceau au beat lointain qui monte, monte, jusqu’à ce qu’une note se cristallise, et que la voix de Yasmine chantant en dialecte libanais se démultiplie jusqu’à se retrouver seule, de l’autre côté de la berge.

Shouei poursuit sur cette mélancolie en revenant au folk des origines, qui porte le morceau du côté de Vashty Bunyan ou des Cocorosie, avec qui Yasmine a passé plusieurs mois en tournée l’an dernier. Les paroles ont été écrites par son ancien collaborateur dans Soapkills, Zeid Hamdan.

La Mouch est inspirée d’un chant de Mohamed Abd Elwahab. Est-ce pour cela que la voix de Yas- mine laisse entendre une assurance nouvelle, presque masculine, puis joue avec les accents rocailleux avant d’en faire une arme de séduction.

Bala Tantanat, qui clôt le disque, est une seconde balade folk, un titre presque Neil Young, une chanson d’amour comme on en chantait au Caire dans les années trente, ou dans le désert califor- nien dans les années soixante-dix. Quand le cœur se tient en exil, il voit des déserts partout fusse-en plein Paris. Ceci est une oasis. » (Philippe Azoury)

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