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Contretemps n° 10 : Frantz Fanon aujourd’hui. Le souffle de Fanon

Contretemps n° 10 : Frantz Fanon aujourd’hui. Le souffle de Fanon


Syllepse, 2011
Description

" Fanon, c’est avant tout une écriture — et plus qu’un verbe, c’est un souffle.

Ceci s’explique probablement par sa pratique d’auteur : Fanon n’écrit pas, il dicte, d’une traite. Il n’y a pas de retour en arrière. Ou si peu. Fanon colle à l’événement. Malgré tout, il n’est pas ici uniquement question d’une façon de faire mais également d’une manière de voir : si Fanon a le mérite de livrer à chaud ses analyses du processus en cours, il n’en est pas moins visionnaire. Bien qu’il soit pleinement impliqué dans la bataille, il est par exemple frappant de voir à quel point ses analyses de la bourgeoisie nationale ou encore celles des dérives des partis uniques collent à la réalité du système politique des nations indépendantes. Le verbe fanonien, c’est l’histoire en marche : une histoire ouverte, en mouvement, en particulier parce qu’il avait compris — avec d’autres assurément — que la bataille pour l’indépendance était une étape certes nécessaire mais pas suffisante. Et s’il l’a effectivement pensé en même temps que d’autres, le destin — révolutionnaire — de Fanon reste pour le moins singulier : étroitement lié (quasi organiquement) au mouvement algérien, il entrevoit la libération du pays et meurt quelques mois avant le cessez-le-feu. Fanon vécut dans l’urgence d’une révolution, à son rythme, sans avoir pu participer à la bataille décisive : celle qui allait décider de l’avenir de l’Algérie indépendante — la bataille interne.

Mais ce destin intimement lié à la révolution algérienne ne doit pas nous laisser envisager Fanon exclusivement en tant que figure ou penseur du Tiers Monde. Fanon n’est pas simplement le juste outil pour penser la situation coloniale, il nous parle aussi d’un aujourd’hui et d’un ici qui tiennent nos vieilles métropoles. En effet, Fanon met à jour jusqu’où l’emprise coloniale a atteint le colonisateur, la nation colonisatrice et à quel point celle-ci a dû intégrer le racisme à sa propre formation sociale. Comme aimait à le répéter Fanon, on ne colonise jamais impunément.

Si Fanon nous parle aujourd’hui, il ne faudrait pas oublier combien cet héritage a longtemps été tu. Son legs a, en quelque sorte, eu à subir le même sort que la mémoire des colonisé.e.s. Il a longtemps été relégué en tant que savoir dépassé, oublié, inutile. La dite psychologisation de ses approches, sa toute personnelle expérience mise au service de sa base empirique, la mise sous tutelle éditoriale via Sartre, nous ont parfois fait recourir à Fanon, comme on se fierait au savoir d'un père immigré, c’est-à-dire de manière peut-être honteuse.

Le chemin de Fanon jusqu’à nous est fait d’histoires d’oubli et de restitution. Il y a probablement là un parallèle intéressant à faire entre l’Algérie et la France, dans sa mise à l’écart comme dans sa réhabilitation.

En France, Fanon est aussitôt oublié. Un peu comme un souvenir traumatique, Fanon est évacué tant il rappelle tout ce que la France préférerait occulter. L’Algérie, de son côté, oublie un peu vite Fanon non pas pour ce qu’il retient mais parce qu’il est l’annonciateur des lendemains difficiles. Ces oublis se répondent en miroir." -Présentation de l'émission-

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