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Gare d'Osnabrück à Jérusalem

Gare d'Osnabrück à Jérusalem


Galilée, 2016
Description

PRÉSENTATION

Aller à Osnabrück c’est comme aller à Jérusalem, c’est trouver et perdre. C’est exhumer des secrets, ressusciter des morts, donner la parole aux muets. Et c’est perdre la liberté absolue d’être juif ou juive ou de ne pas l’être à volonté, liberté dont je jouis conditionnellement.

Lorsque  Omi ma grandmère est sortie d’Allemagne en 38 et nous a rejoints à  Oran, quand un juif ne pouvait plus s’échapper sauf par une chance rare  de l’Histoire, les Récits d’Osnabrück ont commencé. On croit communément  que le grand Malheur s’est abattu en 1933 mais c’est une erreur à  l’usage des manuels d’Histoire. Déjà en 1928 l’antisémitisme ordinaire  était devenu nazi et extraordinaire. Et la mort était le maître de la  Ville.

Si  tu vas à Osnabrück comme à Jérusalem, derrière le rideau de la Grande  Histoire mondialisée, tu entr’apercevras d’innombrables grandes petites  tragédies singulières, qui se sont gardées au secret dans les quartiers  de cette ville qui fut glorieuse par Charlemagne, infâme sous le règne  du NSDAP, et relevée aujourd’hui en courageuse Ville de la Paix, et  militante des droits de l’Homme.

Si  tu vas à Osnabrück, me dit le Secret, passe dans la Grande Rue, devant  la fameuse Horlogerie-Bijouterie, à cent mètres de la maison Jonas,  celle de ta famille, et regarde dans les vitrines. Peut-être y verras-tu  trembler au fond de la mémoire une planche de photos épinglées,  papillons spectraux, images de tous les gens qui osaient entrer chez des  commerçants Jude,  dans les années noires. Peut-être pas. C’est ici, sous les fenêtres de  la maison Jonas, qu’Omi regardait les rues et les places se remplir à  craquer d’une foule ivre de haine, et les bannières du Reich qui lui  donnaient l’éclat d’un opéra terrible montaient jusqu’à son balcon. Le  ciel au-dessus de Rolandstrasse était rouge du bûcher de la Synagogue.

On  ne sait pas. On croit savoir. On ne sait pas qu’on ne sait pas.  L’Histoire en (se) faisant la lumière fait aussi l’aveuglement. J’étais  aveugle et je ne le savais pas. Mais un pressentiment me murmurait : va à  Osnabrück comme à Jérusalem et demande aux murs de la ville et aux  pavés des trottoirs ce qui t’est caché. 

Tout  le temps où Eve ma mère était en vie j’ai souhaité aller à Osnabrück,  la ville de la famille maternelle de ma mère, les Jonas. Berceau et  tombe, ville de la prospérité et de l’extinction.

- C'est pas intéressant, dit ma mère. Pas la peine.

- Allons-y, dis-je. - On a été, dit ma mère.

On a été. Maintenant, on n’est plus.

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