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L’art et la mort : réflexions sur les pouvoirs de la peinture à la Renaissance


CNRS éditions, 2006

Description

Quels liens l'art et la mort entretiennent-ils à la Renaissance ? Comment montrer la mort en peinture ? Quelles sont les oeuvres les plus exemplaires produites en Italie ? Afin d'apporter quelques éléments de réponse, l'auteur s'est appuyé sur la littérature artistique des XVe et XVIe siècles. Le rassemblement des textes a permis de dégager les enjeux théoriques de la figure de la mort, de détecter les types figuratifs prônés par les théoriciens, et de repérer les oeuvres les plus célébrées à la Renaissance. L'enquête débouche sur un constat surprenant : au trépas individuel réfléchi par la peinture s'oppose la Mort universelle dans les oeuvres éphémères et la gravure, comme si deux imaginaires entraient en concurrence.Pascale Dubus est spécialiste de la peinture et de la théorie de l'art à la Renaissance. Docteur en histoire de l'art de l'EHESS, elle est maître de conférences à l'Université Paris I / Panthéon-Sorbonne.Extrait du livre :Il suffît de mentionner la vie de Domenico Beccafumi, mort de s'être adonné nuit et jour à la sculpture ou celle de Jacopo Pontormo, éreinté par l'exécution des fresques du choeur de San Lorenzo. Bien que les propos de Vasari soient animés par une violente condamnation des passions, l'historiographe n'en suggère pas moins que le processus de création a partie liée avec la mort. La peinture est un art dangereux, capable d'absorber l'artiste jusqu'à le faire disparaître du monde des vivants.Avec la biographie de Francia, Vasari franchit un cap décisif en substituant l'excellence à l'excès : alors que les premiers Maniéristes s'épuisent à la tâche, Fivizzano succombe à son propre génie en réalisant une oeuvre parfaite. Le peintre est parvenu à dire la vérité en peinture en imaginant la mort telle qu'elle est. Cette vérité lui sera fatale. Son trépas révèle qu'il est un nouveau Pygmalion sacrifié sur l'autel de la peinture : se substituant à l'intervention divine dans la fable du sculpteur amoureux, l'art anime la Belle Mort et précipite l'artiste en martyr. Quant aux tableaux funestes : la Sainte Cécile et son pendant la Belle Mort, leur contemplation est létale pour qui jalouse la perfection ou en mésestime la puissance. De toute évidence, le récit s'appuie sur une conception de l'artiste comme démiurge capable de donner vie et mort aux figures créées. Le peintre s'apparente à Dieu dans son processus de création, toutefois l'art lui restitue sa dimension mortelle en constituant l'horizon de sa finitude. Comme la mort, l'art frappe le créateur et devient le tombeau de l'artiste. C'est sans doute l'idée maîtresse qui se dégage de la fable : le peintre, en peignant la mort, est rattrapé par son propre destin. La mort s'anime et le peintre pâlit, comme si l'oeuvre «vivante» se nourrissait de l'artiste jusqu'à l'exténuer (présentation de l'éditeur)

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