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 Les deux corps du Président

Les deux corps du Président ou comment les médias se laissent séduire par le people


Les Petits Matins / Celsa, 2015

Description

Critique de Vincent Martigny: "Les deux corps du président" reprend la distinction très connue opérée par Ernst Kantorowitz sur les deux corps du roi, mais au lieu de s’intéresser aux corps spirituel et temporel de notre président, il propose une réflexion sur le corps privé et le corps public mis en scène par les médias.

Il aurait été trop facile de concentrer sur les médias de la presse people ce qui est en fait une véritable critique en profondeur de la peopolisation des médias traditionnels. Juliette Charbonneaux s’interroge sur la manière dont les médias classiques ont surexposé le corps privé du président à partir de l’exemple de récits des aventures personnelles de François Hollande en 2014. Ce qui intéresse Juliette Charbonneaux, c’est avec quels récits les médias ont-il parlé d’intime « sans en avoir l’air ».

Pas de naïveté : l’auteur sait que la mise en scène de la vie quotidienne est une constante de notre vie politique et depuis longtemps : Giscard s’invitant chez les français, Mitterrand et son chien, Chirac et son goût pour la bière, etc. Mais c’est une autre étape que montre la période que nous vivons : celle d’une exposition de l’intimité du président malgré lui, caractérisée par l’image du président casque de scooter sur la tête, de nuit dans une rue de Paris, alors qu’il retrouvait une compagne qui n’était pas officielle. C’est aussi un monde dans lequel l’ex-compagne du président expose une large partie de son intimité dans un ouvrage vendu à ses milliers d’exemplaires.

C’est cette série d’image et ses conséquences qui est le centre de l’étude de l’auteur qui revient à nouveau frais sur l’enchaînement des reportages et des sujets médias sur les faits comme on dit et sur l’objet de l’attention présidentielle, donc de celle de ses concitoyens : Julie Gayet. La répétition des sujets et la compilation des images montre une fascination des médias dit sérieux : Le Monde, le Figaro, Libération, pour cette histoire et qui vont trouver des angles « sérieux » comme la sécurité du président ou le preneur d’images pour mieux pouvoir, selon l’auteur, parler de son intimité. Cet ouvrage décrit également avec une minutie fascinante la circulation des modes de journalisme entre journalisme politique et journalisme people, en démontrant que les interrogations sont parfois les mêmes et en analysant la manière dont le personnel politique est convié à commenter des faits personnels devenus « politiques » par leur seule médiatisation.

La retranscription de l’interview de Ségolène Royal invitée à commenter, et qui refuse de le faire, le livre de Valérie Trierweiler est un moment passionnant et assez amusant du livre et pose une réflexion juste sur les relations intervieweur-interwievé, avec une Ségolène Royal refusant d’accepter les règles de l’interview de Bourdin qui veut la forcer à parler du livre et donc de l’intime alors qu’elle ne le souhaite pas.

On a aimé ce livre parce qu’il est précis et constitue le contraire d’un essai : il ne propose pas de solution à la dérive d’un journalisme classique qui tend vers l’affichage de l’intime, mais il met des mots sur un mécanisme de fonctionnement des médias afin de nous faire comprendre que ce fonctionnement, s’il est devenu général, n’est pas forcément normal ni inéluctable.

A une époque où domine le sentiment que les médias devenus omniprésents perdent le contrôle de l’information qu’ils sont censés transmettre, cette réflexion fait du bien !

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