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Les machines à désir infernales du docteur Hoffman


Les Machines à désir infernales du Docteur Hoffman

« Une sorte de panique orgiaque s'empara de la ville. Ses braves avenues et ses places loyales furent soudain aussi fertiles en métamorphoses qu'une forêt magique. Cette redéfinition fantasmagorique de la ville fluctuait constamment, c'était désormais le royaume de l'immédiat.

Des palais de nuages s'érigeaient tout seuls puis s'effondraient pour révéler l'espace d'un instant le magasin bien connu qu'ils cachaient, avant d'être remplacés par quelque nouvelle audace. Un groupe de piliers en train de psalmodier explosait en plein milieu d'un mantra et hop ! ils redevenaient des lampadaires, puis en pleine nuit ils se changeaient en fleurs muettes. Des têtes géantes portant casques de conquistador voguaient tels de tristes cerfs-volants barbouillés de peinture par-dessus des cheminées sarcastiques. Rien ou presque ne restait identique plus d'une seconde et la ville n'était plus le produit conscient de l'humanité ; elle était devenue le règne arbitraire du rêve. »

« Je n'ai rien contre le réalisme. Mais il y a réalisme et réalisme. Ce que je veux dire, c'est que les questions que je me pose ont selon moi tout à voir avec la réalité. » » - Angela Carter

Le Docteur Hoffman, un mystérieux savant fou, « attaque » la réalité d'une ville d'Amérique du Sud en y créant des illusions. Étrangement, au milieu du chaos et de la confusion qui règnent, Desiderio est le seul être insensible aux illusions déployées par l'infâme docteur. Non pas qu'il ne les voie pas, mais il y est profondément indifférent, comme en réalité à toutes choses. Tombé amoureux, en rêve, de la fille du docteur Hoffman, ce héros maussade reçoit pour mission de remonter la trace du docteur afin de sauver la ville, et, ce faisant, s'embarque dans un voyage picaresque qui lui fera rencontrer des centaures, des peuplades plus ou moins barbares, avant de devenir membre d'une troupe de carnaval itinérante puis d'intégrer la suite d'un comte lituanien et d'échapper de peu à des cannibales...

Qualifié à sa sortie par le New York Times de « plus beau roman surréaliste des trente dernières années », Hoffman était de l'aveu même d'Angela Carter son roman le plus audacieux sur le plan formel, et reste pour la plupart de ses lecteurs son grand classique méconnue. Jamais, en effet, elle n'avait écrit un texte aussi baroque, aussi picaresque et en même temps aussi proche de la fable métaphysique, même si l'on retrouve dans ce roman inédit en français l'humour, le style inimitable et la charge subversive propres à tous ses autres textes.

Angela Carter (1940-1992) fut une journaliste et romancière anglaise particulièrement prolifique. Elle est l'auteure d'une dizaine de romans (dont, traduits en français, les magnifiques La Danse des Ombres et Le Théâtre des perceptions) que l'on a caractérisés comme appartenant au « réalisme magique féministe » et à la « science-fiction postmoderne ». Elle est également l'auteure de pièces de théâtre, d'innombrables articles de journaux, de recueils de nouvelles, d'essais, de livres pour enfants, etc. De son propre aveux, Les Machines à désir infernales du Docteur Hoffman est son ouvrage le plus audacieux d'un point de vue formel.

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