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Couverture de Lettres de Paris 1902-1910 - Rainer Maria Rilke- éditions Payot et rivages

Lettres de Paris 1902-1910


Payot et rivages, 2006
Description

Traduction de Pierre Deshusses

Quel poète serait devenu Rilke (1875-1926) sans Paris ? C’est la question que l’on peut se poser au regard de l’importance de cette capitale dans son évolution poétique et dont rend compte son abondante correspondance. Son premier séjour - le plus long et le plus décisif - dure de 1902 à 1914, entrecoupé de quelques voyages en Italie, en Afrique du Nord, en Egypte et en Espagne. Mais chaque fois il revient à Paris, « ville étrange et étrangère » comme il écrit à sa femme Clara peu après son arrivée en août 1902.

Le choc est pourtant brutal : il découvre un Paris mortifère où il fait l’expérience de la pauvreté dont il rendra compte dans Malte Laurids Brigge, personnage qui est son alter ego. Mais au lieu de se braquer contre les revers et les difficultés, il les intègre pour en faire le moteur de son évolution poétique, seul. C’est d’ailleurs ce qu’il souligne dans une lettre du 16 décembre 1920, revenant sur cette époque: « Imaginez un Malte qui, dans ce Paris si terrible pour lui, aurait eu une amante ou même un ami ! Serait-il entré si loin dans la confidence des choses ? » La dureté de sa nouvelle existence lui montre la voie d’une ascèse, dans l’attente d’une vérité intérieure qu’il sent toute proche, inéluctable. C’est Paris qui a fait de Rilke le poète que nous connaissons : « Je veux rester à Paris justement parce que c’est dur. Je crois que si l’on réussit à se mettre à l’œuvre ici, on doit pénétrer loin et très profond », écrit-il le 17 octobre 1902 à Arthur Holitscher, un ami rencontré à Prague. C’est à Paris qu’il fait la connaissance de Rodin qui lui apprend à voir d’une façon différente. C’est à Paris qu’il écrit les Nouveaux poèmes, composés entre 1903 et 1907. Cette maturation n’est pourtant pas un flux continu ; elle connaît des retours en arrière, des moments de stagnation. Mais l’orientation est fixée et le silence est pause. Reprenant une phrase de Valéry, il écrit à la Princesse de Turn und Taxis : « Patience patience / Patience dans l’azur…» La traduction du Cimetière marin de Valéry - outre des œuvres de Maurice de Guérin et d’ André Gide - est la source pour lui d’un lent enrichissement : « J’ai cette lenteur intrinsèque de l’arbre qui compose sa croissance et sa floraison, oui, j’ai un peu de son admirable patience. »

Après 1914, il ne séjourne plus jamais aussi longtemps à Paris, mais chaque fois il y revient, comme si cette ville d’abord vécue comme un enfer était devenue le centre de sa création : « Paris tut noth » (J’ai besoin de Paris), écrit-il encore en 1920 ; et c’est encore là qu’il revient en 1925, pour tenter de sortir d’un état dépressif, un an avant sa mort.

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