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Permissionnaires dans la Grande Guerre


BELIN LITTERATURE ET REVUES, 2013
Description

Quand la guerre commence, en août 1914, personne n imagine laisser les combattants rentrer chez eux avant la victoire. Avec le prolongement du conflit, moral et certitudes vacillent : la question de l endurance des populations se pose avec force dans une guerre qui devient totale. À partir de 1915, quelques jours de permission à l arrière permettent aux combattants d échapper aux tranchées et aux horreurs de la guerre. Moment d émotion familiale et de retrouvailles amoureuses, la permission est aussi un temps de distractions dans un Paris où le contraste avec le front est saisissant. Commis voyageur du front à l arrière, le permissionnaire vient rappeler aux civils le sacrifice combattant et devient une figure-clé des représentations
du temps de guerre. 
Dans une approche globale et neuve des sociétés durant la Grande Guerre, Emmanuelle Cronier embrasse d un même regard les aspects militaires et logistiques, la culture politique républicaine, l intimité des familles et des couples, le quotidien des permissionnaires et les multiples transgressions indissociables de la figure du « poilu » à l arrière.

Extrait

Extrait de l'introduction

Au cours de la dernière semaine de juillet 1914, quand l'entrée en guerre semble inéluctable, tous les permissionnaires français, conscrits et militaires de carrière, sont rappelés dans les casernes. Pour la population, c'est un des premiers signes de l'imminence de la mobilisation, qui ne sera officielle que le 1er août 1914. Personne ne s'attend alors à ce que le conflit dure au-delà de Noël 1914, ni à ce que les permissions deviennent une nécessité. En effet, avant 1914, une armée mobilisée par un conflit n'a pas pour usage d'accorder des congés à ses combattants : la stratégie qui domine, dans toutes les armées qui entrent en guerre, fait du rassemblement de gros effectifs la condition indispensable d'une victoire rapide fondée sur le «choc». Laisser partir des soldats en congé lors d'un conflit est impensable.
Des permissions sont pourtant accordées aux combattants du front à partir du 1er juillet 1915, révolutionnant des pratiques militaires bien ancrées et prenant place dans la longue liste des ajustements rendus nécessaires par les nouvelles configurations de la guerre totale. Défi logistique et démocratique, elles témoignent de l'articulation subtile des enjeux politiques et militaires dans une armée de conscription qui fait de l'équilibre des droits et des devoirs du citoyen un des grands principes du pacte républicain. Avec le prolongement de la guerre au-delà de l'hiver 1914-1915, cet équilibre, mis en sommeil au nom de l'urgence stratégique, fait rapidement l'objet de revendications. À travers les permissions, c est toute la question de l'équité de la mobilisation qui est posée, en lien avec les enjeux de la rétribution du sacrifice combattant. En effet, avec les conditions nouvelles de la guerre, le régime d'exception de la permission-récompense, qui domine la culture militaire issue du XIXe siècle, entre en conflit avec les aspirations des combattants à une juste reconnaissance de leur participation à l'effort de guerre. Arrachées aux autorités militaires par les parlementaires soutenus par une forte mobilisation des combattants et de l'opinion publique, les permissions permettent d'interroger la capacité d'action et de rapport de force politique pendant la Première Guerre mondiale, face à un pouvoir militaire longtemps considéré comme dominant. La place des permissions dans les mutineries de 1917 est exemplaire des tensions qui se sont mises en place dès l'été 1915. À ce titre, les permissions peuvent déjà éclairer le débat historiographique sur la «contrainte» et le «consentement».
De manière plus large, c'est toute la question de l'endurance des populations et de la cohésion des sociétés en guerre que les permissions permettent d'interroger. Elles constituent en effet une expérience singulière, l'une des rares occasions de retrouvailles entre les combattants et leurs proches entre 1914 et 1918, mais aussi de confrontation entre les communautés combattantes et non-combattantes. Le retour des permissionnaires à l'arrière, pour de courts séjours dont le cumul n'a pas dépassé soixante jours en moyenne sur mille cinq cents jours de conflit, a beaucoup compté pour les populations. Leur séjour est pour les permissionnaires l'occasion de reprendre pied dans un univers civil : un foyer, une famille, voire même, pour beaucoup, un métier. La permission met en lumière ces différents cadres sociaux de l'expérience de guerre, à un moment où la présence des combattants fait évoluer leurs configurations. Paris occupe une place particulière dans l'expérience des permissionnaires : leur présence dans la capitale est un phénomène de masse, avec quatre millions de combattants français et alliés accueillis au total pendant la guerre. Dans une capitale qui cristallise les imaginaires, l'abondance et la complémentarité des fonds documentaires permettent de saisir les permissionnaires dans leur foyer, mais aussi dans des espaces caractéristiques des grandes métropoles, comme les gares ou les lieux de spectacle.

Revue de presse

Du front à Paris, et retour, la belle recherche d'Emmanuelle Cronier accompagne les " poilus " en permission...
Mêlant l'histoire sociale et l'étude des représentations, voici une importante contribution à la compréhension de la Grande Guerre. (André Loez - Le Monde du 19 décembre 2013)

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