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Raison présente n° 210 - Sur l'enseignement des sciences

Raison présente n°210 - 2e trimestre 2019 - Sur l'enseignement des sciences


Sous la direction de Guy Bruit
Union rationaliste, 2019

Description

Sur l'enseignement des sciences

Partager la rationalité avec les citoyens

Enseigner au temps des vérités alternatives

L'expérience de La Main à la Pâte

Les sciences cognitives et l'esprit critique

Enseigner à l'ère de l'internet 

Sur les réformes actuelles

L'inquiétante cohérence des « réformes » Blanquer-Vidal

Nouveaux programmes d'histoire et réformes éducatives

Entretien avec un Conseiller principal d'éducation
Faut-il confier l'éducation aux neurosciences ?

Les Lettres anciennes dans l'enseignement

Temps Modernes : la cérémonie des adieux, Progrès et innovation : quels liens

Avant-propos

La présente livraison de Raison présente comporte deux  dossiers. Le premier est constitué des actes du colloque de l’Union  Rationaliste, tenu le 2 décembre 2018, intitulé « La science dans  l’enseignement : quelle formation pour les enseignants ? », à l’origine  duquel se trouvaient Hélène Langevin et Jacques Haïssinski. Le second  dossier est né des discussions que les membres de notre comité de  rédaction ont pu avoir après écoute ou lecture des interventions faites  au colloque. S’il fait écho au premier et doit être entendu comme un  essai d’un dialogue à poursuivre, il élargit le propos en entamant une  réflexion sur les perspectives ouvertes par les réformes en cours (loi  Blanquer-Vidal).

Yves Bréchet a ouvert le colloque par une assez brève mais très dense  intervention, où il rappelle qu’à son sens une des missions, voire la  mission de l’UR, doit être de restituer aux citoyens le sens de la  rationalité scientifique qui semble, pense-t-il, s’être perdu.

Edouard Brézin, physicien, membre de l’Académie des sciences, ancien  président de l’UR, a posé, avec beaucoup de modestie - lui qui, et il le  souligne, n’a jamais enseigné - les questions auxquelles il se  trouverait confronté face à une classe de collégiens ou de lycéens : non  pas que dire, mais comment dire pour se faire comprendre et faire  mesurer les enjeux d’un tel enseignement ? Les réponses ne peuvent venir  que de la pratique et de l’expérience.

Dans un exposé très précis, David Jasmin rappelle les origines et le développement de la fondation La main à la pâte  en 2011, créée à l’initiative de l’Académie des sciences et des ENS de  Paris et de Lyon. L’idée est née du constat alarmant de l’absence de  toute formation scientifique des enseignants du primaire. Il a donc  fallu faire évoluer (ou mettre en œuvre) la formation continue des  professeurs, notamment en unissant dans un travail commun scientifiques  et pédagogues. Mais quel était le but de cette formation des maîtres,  c’est-à-dire pourquoi transmettre cet enseignement aux enfants ? Georges  Charpak, un des principaux initiateurs de La main à la pâte, avait défini pour cette opération une ambition humaniste : « faire de l’enfant un être de culture ».

Mathieu Farina et Elena Pasquellini se situent sur la même ligne, mais  en éclairant le problème par la rencontre des sciences cognitives et des  problèmes de l’éducation : « Les sciences cognitives peuvent en premier  lieu contribuer à la recherche et à l’ingénierie de méthodes éducatives  efficaces ». Ils en décrivent les bienfaits. La partie finale de leur  exposé s’attache à décrire d’une manière argumentée et détaillée le  programme de La main à la pâte auquel ils participent. Ce serait le mot d’ordre de leur conclusion : que faire ? Mettre la main à la pâte...

Eric Bruillard énonce avec fermeté l’enjeu de la question qu’il  souhaite explorer, ce qu’il fait dans un exposé très riche et très  stimulant, fondé sur des exemples précis : « l’informatique change  l’éducation en profondeur. C’est avant tout une technologie d’écriture,  une écriture souvent performative et le découplage entre l’écriture et  son support matériel ouvre à de multiples matérialisations et  traitements. L’informatique change les modes de construction,  d’écriture, de conservation et de diffusion des savoirs. Mais la nature  précise de ces changements et leur temporalité restent à éclaircir. »

Dans sa réflexion, le comité de rédaction de Raison Présente a  pensé qu’il convenait de replacer ces interventions dans un cadre plus  large : celui de l’évolution du système scolaire et de la réforme en  cours. Ce n’était pas le sujet du colloque, mais il nous a semblé  nécessaire de le faire. Roland Pfefferkorn, dans une étude très  argu-mentée et rigoureuse, met en évidence deux questions : que disent  les reformes Blanquer et Vidal ? Quelle est la visée « objective » de  ces réformes ? Pour répondre à la première de ces questions, il faut  éviter de se perdre dans les détails. Il faut en dégager la cohérence et  souligner la ligne générale. Pour la seconde question, il ne s’agit pas  de dire les « intentions » du ministre Blanquer, ce qui peut conduire à  de mauvais procès. Il faut regarder à plus long terme quels seront les  effets inévitables de son projet de réformes. Ce point de méthode  précisé, l’argumentation de R. Pfefferkorn semblera difficilement  réfutable. Nous allons vers une hiérarchisation des établissements ;  elle existe déjà, mais elle s’accentuera, et les inégalités  socio-scolaires s’aggraveront. Cette situation profitera à  l’enseignement privé (c’est déjà visible) et aux établissements publics  de haut niveau.

Bien sûr, on peut être favorable à une telle transformation du système,  mais il faut le dire. C’est une position de droite très classique. Ce  n’est pas la nôtre et nous devons la combattre. On pourra lire, dans le  même esprit, la contribution de Michel Henry et Nelly Bensimon dans les Cahiers rationalistes no 658, « La réforme en cours des lycées, tenants et aboutissants ».

Que devient l’enseignement de l’histoire, demande Laurence De Cock ?  Elle décrit d’une manière remarquable les « circuits d’écriture des  programmes ». C’est édifiant. Elle analyse aussi ce qui se passe pour  les lycées technologiques et professionnels, « entre assèchement et  mépris social ». Enfin, ce à quoi je vais me limiter, elle analyse  l’appauvrissement de l’enseignement de la discipline, son repli sur une  chronologie pauvre et nationale, à l’écart de tout progrès. Au sens  propre, la réforme des programmes est « réactionnaire ». Je cite deux  courts passages qui situent parfaitement les enjeux. « Ces programmes  réaffirment le concept de « repère chronologique » à rebours de toute  une réflexion historiographique pourtant ancienne et féconde sur la  périodisation et la relativité du rapport au temps ». « Les programmes  étouffent ainsi toute la richesse et la fécondité des questionnements  possibles sur les dates d’un événement, sur la prise en compte des temps  courts et longs, sur la discordance des temps selon les  acteurs/actrices etc., dont les trente dernières années de recherches  historiques n’ont cessé de montrer la dimension heuristique ».

La rédaction a recueilli le témoignage d’un Conseiller principal  d’éducation (CPE), riche d’une expérience de 6 années dans un collège de  la proche banlieue parisienne. Il décrit - avec une verve que nous  avons tenté de préserver - une institution fragilisée par le turn over  incessant de la direction - six équipes en six ans - mais aussi des  enseignants, souvent débutants dans le métier et au statut précaire. Une  situation qui impose au CPE, seul élément stable, de palier cette  absence de continuité et souvent de professionnalisme, au détriment de  ses tâches propres auprès d’élèves et de familles souvent en difficulté.

La tribune de J.M. Besnier fait le point sur la question des  neurosciences. Ce n’est pas une réponse à l’article de M. Farina et d’E.  Pasquinelli qui préfèrent parler des sciences cognitives. Mais dans le  climat médiatique très entretenu autour de la révolution annoncée des  méthodes d’enseignement grâce aux neurosciences, il est nécessaire de  bien voir et dire de quoi on parle et de ne pas entretenir certaines  illusions. Je renvoie à ce que dit, dans le présent numéro, une note de  lecture à propos du dernier livre de Christian Laval et Michel Blay.

Le texte bref de Michel Casevitz sur l’enseignement des langues  anciennes montre que leur effacement programmé va dans le même sens que  ce qui a été précédemment dénoncé.

Être rationaliste, c’est saisir des ensembles dans leur cohérence et  tenter d’en dégager le sens. Où va notre système d’enseignement ? À  quelle société nous conduit-il ? Quels citoyens prépare-t-il ? Pour quel  avenir ? Ce sont quelques questions que notre dossier essaie de poser.  Par ailleurs, nous ne pouvions rester indifférents à l’annonce que Les Temps Modernes cessaient de paraître (Le Monde,  3 mai 2019). C’est ce dont nous avons voulu témoigner en publiant un  texte de notre ami Alain Policar qui, un temps, fut collaborateur de la  revue. Texte grinçant et très personnel, combien préférable aux  habituels hommages à tendance trop souvent hagiographiques. Les Temps Modernes furent un lieu de passion.

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