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Carmen Maura


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Biographie de Carmen Maura

Née en 1945 à Madrid, Carmen Maura a même commencé par être une fille de bonne famille. D’une grande famille même, puisque l’on compte parmi ses ancêtres, un arrière grand-oncle, Antonio Maura, qui a été cinq fois premier ministre du royaume d’Espagne. A une époque où les élections étaient truquées et où le pouvoir passait des mains des conservateurs à celles des libéraux selon la conjoncture. Dans la famille, il y eut d’autres ministres comme Miguel Maura, un monarchiste devenu républicain, ou son cousin éloigné, Jorge Semprun (Semprun-Maura), écrivain, scénariste et aussi ministre de la culture d’un gouvernement socialiste des années Felipe Gonzales. Et il y eut d’autres figures politiques, de droite et de gauche. Comme Constancia de la Mora Maura, féministe et communiste, mariée au général d’aviation républicain Hidalgo de Cisneros, celui, qui au début de la guerre civile, avait traité Malraux d’escroc ... Mais je m’égare. Carmen Maura est donc issue d’une grande famille. Elle fait un mariage, a deux enfants avant que la mouche de la bohème ne la pique, qu’elle ne divorce -ce qui ne se faisait pas dans une famille comme la sienne à cette époque- et qu’elle n’aggrave son cas en devenant chanteuse et comédienne. Elle court alors de cabarets en théâtre, de cafés-théâtre en studio de doublage, et ceci dans la Madrid de la dictature chancelante. Un jour, dans ce milieu des années 70, elle est choisie pour animer une émission de télévision où son tempérament explosif et son naturel font merveille. Carmen Maura devient Carmen Maura.

Dans ce milieu des années 70 qui voit enfin mourir Francisco Franco, elle fait du cinéma, souvent des rôles secondaires jusqu’à Tigres de papel, tigres de papier, le premier long-métrage de Fernando Colomo. Colomo, cela ne vous dit peut être pas grand chose, mais le succès de son film en Espagne permet à Carmen Maura d’être remarquée. Elle vient de faire la connaissance de Pedro Almodóvar, 28 ans, la tête pleine d’envie de cinéma et d’idées saugrenues. Dans Folle, folle, folleme Tim !, ll met en scène les affres d’une vendeuse de grand magasin, petite amie d’un guitariste aveugle. Lui va devenir célèbre et la petite amie, Carmen Maura, aveugle. Almodóvar possède déjà le sens du scénario tordu, sait déjà flirter avec la comédie, le mélo et le sens de la Movida qui triomphe à Madrid. Carmen Maura est la parfaite interprète de cette cinglerie. Deux ans plus tard c’est Pepi, Luci Bom y otras chicas del monton, film fauché, anarchique mais diablement plaisant et première marche de la montée de Pedro Almodóvar vers l’Olympe du cinéma. Maura était Pepi, qui, pour faire face à ses problèmes d’argent produit des poupées qui ont des règles... Elle tourne ensuite Gary Cooper, que estàs en los cielos, que réalise Pilar Miró, une cinéaste engagée, responsable socialiste à ses heures, future patronne de la télévision d’Etat. Entretemps, l’actrice continue à tourner ces séries TV qui font beaucoup pour sa popularité. En 1983, elle joue dans Entre tinieblas, un des Almodóvar les moins connus que son auteur renie d’ailleurs aujourd’hui. Elle y incarne Sor Perdida (soeur perdue en français). En 1984, Carmen Maura est dirigée par Fernando Trueba dans Sal Gorda (gros sel), une comédie. Elle y incarne une présentatrice télé... Décidément... En fait elle a beau faire, elle ne retrouve un film à la hauteur de son talent que grâce à cet Almodóvar qu’elle ne va pas tarder à maudire. C’est d’abord Qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça !, dans lequel elle est Gloria, une femme de ménage dépassée par sa vie chaotique, la mère d’un ado trafiquant de drogue et d’un autre « michetonneur », l’épouse d’un chauffeur de taxi aigri, qui est aussi à ces heures un faussaire engagé par deux écrivains alcooliques pour imiter l’écriture d’Adolphe Hitler... Elle est formidable. Elle n‘est pas mal non plus dans Extramuros de Miguel Picazo, qu’elle tourne l’année suivante, en bonne soeur lesbienne, au XVIe siècle quand l’Inquisition passait son temps à monter des bûchers. C’est durant cette même période, 1985-88, qu’elle joue dans trois Almodóvar de bonne mémoire. D’abord dans Matador à l’humour noir frappant, ensuite dans la Ley del Deseo, histoire d’amour homosexuel enflammée, où elle campe Tina Quintero, une transexuelle attachante et sexy face à Antonio Banderas et Eusebio Poncela ; enfin dans Mujeres al borde de un ataque de niervios (1988), le plus populaire des Almodóvar première manière. Ce dernier film lui vaut un Goya, l’oscar espagnol, de la meilleure actrice espagnole et l’European Film Award de la meilleure comédienne européenne. C’est l’apogée à la fois de la renommée de la Movida, pourtant déjà défunte, de la réputation du réalisateur espagnol, qui ne va pas tarder à changer de manière, et de celle de l’actrice qui aimerait qu’on n’oublie pas qu’elle peut jouer avec d’autres metteurs en scène. D’ailleurs avec Almodóvar le courant ne passe plus. Ils ne se parleront plus, dit on, pendant 17 ans. Qu’à cela ne tienne ! Carmen Maura tourne Ay Carmela ! avec Carlos Saura. Elle y incarne avec passion une actrice ambulante pendant la guerre d’Espagne, une républicaine obligée de jouer pour les fascistes. Succès. Deuxième Goya doublé d’un deuxième prix de la meilleure actrice européenne de l’année. Et toc ! pour ceux qui ne la voient que comme una chica de Almodóvar.

Elle va ensuite devenir Anne d’Autriche, ancienne infante d’Espagne et du Portugal, archiduchesse d’Autriche, princesse de Bourgogne, « madre » du roi soleil, dans Louis, enfant roi (1993), film de Roger Planchon, qui fut le patron du TNP à Villeurbanne. Elle poursuit sa carrière en partie au nord des Pyrénées. On se souvient de son rôle de Dolores, la gersoise d’adoption à la belle voix grave et chaude dans Le bonheur est dans le pré d’Etienne Chatilliez ; ou celle de Rosa, Mère en colère dans un téléfilm de Gilles Béhat. Chaque fois, elle est très convaincante. Elle sera aussi la mère de Mathieu Amalric et d’Alexis Loret dans Alice et Martin d’André Téchiné et madame Osmane dans Le harem de Madame Osmane de Nadir Moknèche. En Belgique, elle joue dans 25 degrés en hiver de Stéphane Vuillet avec Jacques Gamblin. En Espagne, elle tourne Lisboa, un thriller inconnu chez nous,

où elle donne la réplique à son compatriote Sergi Lopez et à Federico Luppi, l’acteur argentin à la chevelure argentée. En 2002, elle rencontre Alex de la Iglesia, cinéaste allumé qui lui donne un rôle survolté dans une comédie thriller, qui vire à l’angoisse, La communidad, qui sera un grand succès. Elle tournera encore avec lui 800 balas, qui retrace l’épopée du tournage des grands westerns européens tournés à Almeria en Andalousie. Ne lui en déplaise pourtant, tout le monde attend que cette actrice majuscule se rabiboche avec Pedro Almodóvar. C’est chose faite en 2006. Pour Volver, l’un des meilleurs films présenté

à Cannes cette année là. Dans le rôle d’Irène, la mère de Raimunda (Penelope Cruz) et de Sole (Lola Dueñas), avec sa blouse et ses savates, fausse morte et vraie vivante, la Maura est fantastique. Comme toujours certes, mais jamais autant qu’avec Pedro Almodóvar.

Depuis elle a quand même joué dans de nombreux films, comme le remarquable Les femmes du sixième étage de Philippe Le Guay où, face à Fabrice Lucchini, elle incarne une bonne espagnole parisienne des années 60. Avec ce charme et cette pétulance, qui font d’elle une des plus grandes.

Edouard Waintrop, Directeur du CAC Voltaire, Genève

(sur le site du 33ème Festival International de films de femmes de Créteil).

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