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François De Rose


Diplomate français
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Biographie de François De Rose

Le Monde:

" Né le 3 novembre 1910 à Carcassonne (Aude) dans une famille de noblesse d’épée, François de Rose était initialement destiné à la carrière militaire. Son père avait été l’un des premiers pilotes français et le créateur de l’aviation de chasse française, mort aux commandes de son appareil en 1916.

Après des études au lycée Janson-de-Sailly et un passage par Sciences Po, François de Rose entre en diplomatie un accident à l’œil ayant coupé court à son destin militaire. En poste à Londres lors de la débâcle des armées françaises en juin 1940, il est placé hic et nunc devant le choix de la rébellion avec de Gaulle ou de l’obéissance à Pétain. Il décide de servir comme conseiller diplomatique auprès du général Weygand, délégué général du gouvernement de Vichy pour l’Afrique française, à Alger. Dans son dernier livre, comme dans ses conversations, François de Rose reviendra sur ce « rendez-vous manqué » avec le général de Gaulle à Londres.

A Alger, de Rose devient l’un des artisans des accords passés avec Robert Murphy, envoyé spécial du président Roosevelt préparant le débarquement des Alliés en Afrique du Nord en novembre 1942. L’occupant ayant exigé le rappel de Weygand en novembre 1941 du fait de ses agissements hostiles à l’Axe, de Rose doit aussi prendre du champ, à l’ambassade de France en Argentine. Revenu en Afrique du Nord dès l’arrivée des Alliés, il est attaché comme officier de liaison auprès d’une unité britannique pendant les combats de la Libération, après le débarquement de Normandie.

La suite de sa carrière diplomatique est de bonne facture : membre de la mission permanente de la France auprès de l’ONU, ministre-conseiller à Madrid, en poste au service des questions stratégiques au Quai d’Orsay, ambassadeur au Portugal, représentant permanent de la France auprès de l’OTAN. François de Rose remplit ces fonctions avec créativité et caractère.

Ainsi, il est en 1952 l’un des pères fondateurs de l’une des plus belles réussites de la science, le Centre européen de la recherche nucléaire (CERN). Ses amis s’appellent dès lors Oppenheimer, Bohr, Einstein, Kowarski, Goldschmidt. C’est devant le personnel rassemblé du CERN à Genève qu’il prononcera le discours de ses 100 ans en 2010.

La négociation, en 1974, de la déclaration d’Ottawa est son succès diplomatique le plus spectaculaire. Dans ce texte, les Etats de l’Alliance atlantique reconnaissent la contribution de la force nucléaire française à la défense de l’Europe, à une époque où il était de bon ton, aux Etats-Unis comme en France, de se moquer de la « bombinette », cependant qu’en France d’autres (et parfois les mêmes) étaient tentés par l’isolement.

François de Rose ne cessera de se passionner pour les affaires stratégiques. Dès 1963, il devient membre de l’International Institute for Strategic Studies de Londres, alors que celui-ci vient tout juste de s’adjoindre l’adjectif « international ». Avec Raymond Aron, président de l’IISS, il devient l’un des membres incontournables de « l’internationale des stratèges » pendant et après la guerre froide.

De nombreux articles et plusieurs livres (surtout Contre la stratégie des Curiaces , Julliard, 1983, écrit au plus fort de la crise des euromissiles) marquent sa contribution au débat stratégique, caractérisée par une liberté d’esprit et un humanisme constants. Son attachement à l’Alliance atlantique, d’une part, à la politique française de dissuasion, d’autre part, constituait ses deux points de repère, qui n’entravaient pas sa capacité d’analyse critique.

Le grand âge venant, François de Rose avait préféré continuer de se projeter dans le futur plutôt que de s’attarder sur le passé. Malgré la pression de ses amis, il avait refusé de se livrer à l’écriture de Mémoires en bonne et due forme, au-delà des succulents Souvenirs et anecdotes livrés à la veille de sa mort. Si cette lacune sera regrettée par les historiens, la contrepartie aura été une participation au débat stratégique demeurée intacte jusqu’à la fin. Il est décédé le 23 mars 2014 à Neuilly (Hauts-de-Seine). "

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