Programmes

Laïka


Chanteuse (jazz)
En savoir plus

Biographie de Laïka

Quand on est née à Paris d’une mère hispano-marocaine et d’un père ivoirien et qu’on a été élevée essentiellement par des femmes (sa grand-mère, sa mère et sa tante) dans une famille juive marocaine, on sait ce que veut dire ancrage dans une culture métissée (pour utiliser une fois – et une seule – ce terme aujourd’hui galvaudé, car toute culture l’est par définition). Du fait de ces éléments disparates présents en elle et autour d’elle, il était quasiment naturel (ou culturel ?) que Laïka se tourne un jour vers le jazz, qui trouve son universalité dans le fait d’être un langage et une culture adoptés. Pas étonnant non plus qu’elle choisisse, pour exprimer avec force sa vérité propre, à la fois la scène musicale et celle du théâtre. Une double voie – marquée par des études puis des collaborations choisies avec un goût et un soin très sûrs – qui a façonné une artiste unique dans sa façon de modeler la voix et de lui faire porter les mots qui – avec ou sans musique – véhiculent les émotions. Pour le versant jazz, qui nous intéresse ici, c’est avec un big band (celui de Claude Bolling) qu’elle débute : excellente école par laquelle peu de chanteuses d’aujourd’hui sont passées, contrairement à quelques-unes des principales influences de Laïka à commencer par Billie Holiday et Carmen McRae. Mais aucun passéisme dans tout cela : la chanteuse fréquente également les musiciens de sa génération tels ceux de Sixun ou le saxophoniste Julien Lourau et s’entourera, pour enregistrer son second disque consacré à Billie Holiday, de cadets de grand talent comme Robert Glasper, Gregory Hutchinson, Daryll Hall. Parcours atypique, donc – à l’aune de ce qui se fait aujourd’hui –, et pourtant parfaitement logique et sensé puisqu’il englobe tradition et modernité dans une approche globale où le métier et l’expression d’une sensibilité authentique vont de pair. Car il suffit de jeter un coup d'œil à la discographie de Laïka pour voir que la dame sait éviter la dispersion comme la surexposition, et qu’elle maîtrise l’art de faire des choix : un premier disque dans lequel elle pose sa marque sur des thèmes d'Abbey Lincoln ou de Wayne Shorter aussi bien que des Beatles ; un second où le répertoire de Billie Holiday est revisité d’une façon toute personnelle, bien loin des clichés misérabilistes sur la vie de Lady Day ; enfin ce “Nebula” pour lequel elle a sollicité les talents de productrice de Meshell Ndegeocello. Un disque au répertoire éclectique et dont Laïka a mis elle-même en parole la moitié des titres avec une poésie et un art des mots peu communs. Combien de chanteuses actuelles, en moins d'une décennie, ont-elles concentré leur talent sur un nombre d’œuvres aussi restreint mais avec une telle profondeur et une vision du chant jazz aussi exigeante, tout en restant parfaitement accessibles à tout public en possession d’oreilles sensibles à la beauté ?

Ecouter le direct
Le direct