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Biographie de Bonga

Le maître du Semba

Une superbe voix grave et éraillée, des harmonies délicates, de belles mélodies tristes et dansantes : voilà qui caractérisait le Bonga de la grande époque. Ce musicien majeur de la musique africaine a, depuis, quelque peu sacrifié sa finesse au "profit" de l'efficacité et désormais il n'aime rien tant que de faire danser les salles entières, privilégiant les rythmes rapides et les arrangements sur lesquels se déhanchent les spectatrices. Pourtant, son nom est plutôt associé à de superbes ballades, qu'il s'agisse de "Sodade" (morceau traditionnel que Bonga avait enregistré dans les années 70, bien avant que Cesaria Evora en fasse un sublime hit planétaire en 1992) ou de "Mona ki n'gui xiça" que le cinéaste français Cédric Klapish a utilisé dans la bande-son du film "Chacun cherche son chat".

Lorsqu'il est né en 1943 à Kipiri, Bonga s'appelait José Adelino Barçelo de Carvalho et l'Angola était sous domination portugaise. Il changera son patronyme trop colonial en un nom plus africain, celui de Bonga Kuenda. Car très tôt le jeune Bonga/José qui vit dans la banlieue pauvre de Luanda (capitale dont le centre est une forteresse bâtie en 1576 par les Portugais) est sensible aux mouvements indépendantistes qui secouent l'Afrique des années 50. Comment pourrait-il en être autrement dans ce pays dont la capitale est dominée par un bâtiment symbole de l'oppression coloniale, où les injustices sont flagrantes et où le dictateur portugais Salazar mène une répression féroce dans les campagnes pour écraser les révoltes paysannes ? Dans les faubourgs de Luanda, il se crée tout un mouvement (animé par des poètes, des romanciers, des peintres et des musiciens) pour retrouver l'Histoire et la culture de leur pays. Bonga rejoint le groupe de son père (accordéoniste) qui interprète de la Rebita, la musique des pêcheurs de Ilha de Cabo. Il y joue de la dikanzas, un instrument particulièrement subversif, non pas parce qu'il s'agit d'un bout de bambou strié sur lequel on frappe, mais parce que cet instrument à percussion marque le retour aux sources.

La musique a joué un rôle essentiel pour rendre au peuple angolais sa dignité bafouée par le colonisateur. C'est ainsi que, dès les années 40, les "Ngola ritmo" -un groupe de neuf musiciens- sillonnent les bidonvilles en rejouant les rythmes traditionnels et en les agrémentant graduellement d'éléments plus modernes (guitares acoustiques, bribes de Fado portugais ou de musique brésilienne). Le *Semba * (style musical de la région de Luanda) prend alors un essor nouveau et ce rythme clandestin se répand comme une traînée de poudre. Bonga crée son propre groupe, nommé "Kissueia" (nom qui signifie "la misère des quartiers pauvres" en Kimbundu), dans lequel sont employés des instruments traditionnels, donc honnis par le pouvoir en place. A la dikanzas, se joignent un gros tambour n'gnoma, un arc musical ungu et une puita (tige insérée dans une peau). De surcroît, Bonga n'hésite pas à jouer des danses rituelles kalundu ou du kilombe-lombe. En 1966, pour échapper aux menaces, il est obligé de s'exiler. Il a alors 23 ans et s'installe à Lisbonne. Sous couvert d'une double carrière d'athlète et de footballeur, il poursuit son activisme politique et devient une figure de premier plan du Mouvement Populaire de Libération de l'Angola.

Contraint de fuir à Rotterdam, il recommence là-bas ses activités musicales, en entrant notamment en contact avec ses confrères capverdiens. Il publie alors son premier album en Europe, "Angola 72", composé de 10 morceaux magnifiques et poignants à base de Semba (tantôt lente, tantôt rapide) et de percussions. Après un détour par la Belgique, Bonga s'installe à Paris où il rencontre de nombreux musiciens africains. Mais il se refuse farouchement à occidentaliser son style pour être plus vendeur. Seules concessions, il intègre un brin de Morna capverdienne et un zeste de Soukouss congolais à ses influences. Il en sortira un autre superbe disque, "Angola 74". Depuis, Bonga a composé plus de 170 chansons, s'apprête à publier son autobiographie, a été nommé pour le prix Unesco 1996, a reçu des disques d'or et de platine… mais les honneurs ne l'ont pas endormi car il demeure politiquement engagé en militant pour l'indépendance du Timor oriental.

Magali Bergès(mondomix)

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08/03/2012

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