Grippe espagnole, Sida, H5N1, Ebola : passage en revue des épidémies que l'humain a déjà eu à affronter au cours du siècle dernier.

A peine quelques jours après la fin de l'épidémie Ebola, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a déclaré que le virus Zika était une “urgence de santé publique de portée mondiale”. Ce n'est pas une première, l'histoire de l'humanité regorge d'exemples d'épidémies qui ont décimé des populations entières : au XIVe siècle, en Europe, la peste noire fit plus de 25 millions de victimes et au cours du XVIe siècle les épidémies à répétition de variole, associées aux massacres perpétrés par les conquistadors, annihilèrent la quasi-totalité de la population inca. Les XXe et XXIe siècles n'échappent pas aux virus, mais l'apparition de l'épidémiologie et de la veille sanitaire ont permis de mieux comprendre et d'appréhender les maladies d'ampleur internationale.
La grippe espagnole
C'est l'une des maladies les plus meurtrières de l'humanité sur un laps de temps extrêmement court. En 1918, la grippe espagnole fait, en l'espace d'un an, plus de morts à elle seule que la Première Guerre mondiale, qui laisse pourtant dans son sillage plus de 18 millions de victimes. Lors de l'hiver 1918-1919, la moitié de la population mondiale est contaminée (soit 1 milliard de personnes) et entre 60 et 100 millions en meurent. Les conditions de l'après-guerre - d'importantes pénuries alimentaires et une forte circulation des populations - ont fortement favorisé la contagion. Les victimes furent, pour l'essentiel et contrairement à d'habitude, de jeunes adultes, dont les organes étaient endommagés par une réaction trop vigoureuse de leur propre système immunitaire.

L'origine de cette pandémie, un virus de type H1N1, était probablement aviaire, et ses conséquences à l'échelle mondiale incitèrent la Société des Nations à créer le comité d'hygiène, l'ancêtre de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
En 2008, Emmanuel Laurentin, dans la Fabrique de l'Histoire, retraçait l'histoire des grandes épidémies, dont celle de la grippe espagnole :
Le sida
Contrairement à d'autres épidémies, celle du Sida n'a toujours pas été enrayée et a déjà fait plus de 35 millions de victimes. Les premiers cas du Sida (pour Syndrome d'immunodéficience acquise) sont observés à la fin des années 1970 chez des patients homosexuels. Les chercheurs réalisent rapidement que la maladie, un temps surnommée gay cancer, ne touche pas uniquement les homosexuels mais peut infecter toute la population. A l'époque "c'était sans précédent lors des quarante dernières années, raconte Grégoire Rey, épidémiologiste au Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès. Il y a eu non seulement une médiatisation forte du phénomène, mais il s'agissait en plus d'un événement sanitaire sans précédent, puisqu'on avait une courbe d'évolution de la mortalité qui était exponentielle, avec des projections de mortalité qui prévoyaient des centaines de milliers de mort en France si rien n'était fait."
Dans l'émission les Nuits magnétiques, en 1988, Pascale Charpentier dresse ainsi le portrait des peurs et fantasmes générés par cette maladie :
A l'origine transmis du singe vers les hommes, de récentes études ont daté l'apparition du virus dans le courant des années 1920, en République démocratique du Congo. Si la propagation de cette maladie sexuellement transmissible a été sérieusement endiguée dans les pays occidentaux (- 12 % de contaminés en 2014), notamment grâce à une importante politique de prévention et de protection et l'arrivée des traitements antiviraux, elle n'en continue pas moins d'être un véritable fléau dans les pays moins développés, particulièrement en Afrique. Les derniers chiffres d'ONUSida pour l'année 2014 précisent ainsi que si près de 37 millions de personnes sont atteintes du virus, 17 millions d'entre elles, majoritairement en Afrique et en Asie, l'ignorent encore ou n'ont pas accès aux traitements.
Les différentes grippes
Au cours du siècle, de nombreuses épidémies de grippe ont eu lieu, sans pour autant atteindre l'ampleur de la pandémie de grippe espagnole. Elles ont pour origine un virus transmissible depuis les volailles ou les porcs vers l'être humain.
En 1958, la grippe asiatique, d'origine aviaire, fait ainsi près de 2 millions de mort dans le monde. Dix ans plus tard, la grippe de Hong Kong (une évolution de la souche de la grippe asiatique) tue à son tour près d'un million de personnes.

Si les épidémies de grippes sont particulièrement suivies, c'est parce que leur rythme est cyclique : les médecins craignent qu'une souche ne mute et ne devienne aussi mortelle que l'avait été la grippe espagnole. En 2004, l'apparition d'une souche H5N1 de la grippe aviaire, transmissible à l'homme, est ainsi sérieusement anticipée par les autorités. De même en 2009 pour la crise de la grippe A, ou porcine : les mesures de précaution sont drastiques, essentiellement grâce à l'abattage systématique des cheptels d'animaux contaminés, à la création rapide d'un vaccin et à des mesures d'isolement des malades. La grippe A fait, au final, près de 280 000 victimes, c'est-à-dire à peu près autant qu'une grippe "classique" saisonnière.
En 2009, en pleine crise de la grippe A, Aurélie Luneau interrogeait, dans La Marche des sciences, les scientifiques sur ces multiples épidémies de grippe au cours de l'histoire :
Ebola
Jusqu'ici maintenu au stade épidémique (sur une région donnée), Ebola est, avec la grippe aviaire, le virus au risque pandémique (à échelle mondiale) le plus redouté. En 2014, l'Ebola a ainsi touché, en Afrique de l'Ouest, près de 30 000 personnes et fait plus de 11 000 morts : son taux de mortalité, très élevé, était alors de l'ordre de 39.5 %. Découvert en 1976 au Soudan et en République démocratique du Congo, Ebola a tué, entre 1976 et 2007, près de 1600 personnes, avec un taux de létalité oscillant entre 25 et 90 %. Le virus est d'autant plus mortel que les régions du monde où il est apparu sont peu équipées pour traiter les symptômes (fièvres, vomissements, déshydratation, insuffisance rénale et hépatique).
Retrouvez une série d'entretiens menée par l'IRD (Institut de Recherche pour le développement) sur France Culture Plus : Ebola, l'histoire d'un virus.
A en croire l'OMS, l'épidémie d'Ebola a pu être endiguée grâce à des mises en quarantaine systématiques des victimes et à des précautions sanitaires consistant à restreindre les contacts, la transmission interhumaine ayant lieu par le biais des fluides corporels (sueur, sang, etc.).
Les arbovirus : la dengue, le chikungunya…
Les arbovirus ont pour vecteur les arthropodes suceurs de sang, notamment les moustiques. Les insectes, en piquant une personne malade, absorbent le virus et infectent ensuite les personnes saines en les piquant à leur tour. Ces maladies tuent rarement mais peuvent entraîner la mort, souvent du fait de complications.
En France, le chikungunya est essentiellement connu pour la crise qui a frappé l'île de La Réunion en 2006 et touché près de 40 % de la population, provoquant la mort de 6 personnes. Le virus déclenche de fortes douleurs articulaires, d'où son nom, d'origine makondée , signifiant "qui se recourbe". Si le virus a peu fait parler de lui en Europe avant la crise de 2006, la première épidémie a pourtant eu lieu en 1952, en Tanzanie. Des épidémies ont existé à plusieurs reprises sur les continents africain et asiatique, notamment en Inde en 2006 (environ 2 millions de cas). En 2007, le virus a aussi été détecté en Europe et jusqu'aux Etats-Unis en 2013, aux Antilles. Si le virus est peu dangereux au regard d'autres épidémies, il n'existe pas de réel moyen de prévention, autre qu'une protection personnelle (moustiquaires, répulsifs) et la suppression du vecteur en détruisant les larves de moustiques.

Chaque année, la dengue contamine 70 à 500 millions de personnes, par piqûre de moustique. Le virus peut évoluer vers une forme hémorragique, mortelle à hauteur de 20 % sans équipement médical adapté. En 2008, les formes plus sévères de la dengue ont fait 21 000 victimes. La dengue sévit principalement dans l’ensemble de la zone intertropicale : l'Asie du sud est, l’Océan Indien, et l’Amérique Latine. Comme pour le chikungunya, la lutte contre la dengue consiste à se protéger des moustiques et à détruire leurs larves.
Au rang des arbovirus, on compte aussi la fièvre jaune, le Nil occidental ou encore l'encéphalite à tiques. En 2013, René Frydman, dans Révolutions médicales, discutait des maladies véhiculées par les moustiques, parmi lesquelles le paludisme :
Zika
Le virus Zika appartient lui aussi à la famille des arbovirus et est transmis par l’intermédiaire des moustiques. Dernier en date d'une longue liste (ici non exhaustive) d'épidémies, le virus Zika est la quatrième épidémie pour laquelle l'OMS a décrété un état d'urgence mondiale. "Ce virus était extrêmement discret, puisque depuis son berceau, qui était la forêt Zika, il avait causé quelques cas d'infection humaine mais de façon tout à fait anecdotique", précisait ce matin le virologiste Jean-Claude Manuguerra, de l'Institut Pasteur, au micro de Guillaume Erner.
Il a commencé une carrière internationale en sortant de son berceau africain pour suivre un peu les pas du virus chikungunya, dont il partage certains des vecteurs, comme le fameux moustique tigre (ndlr : Aedes aegypti).
La piqûre de ce moustique, vecteur du virus Zika, est suspectée par l'OMS d'être à l'origine de microcéphalies, c'est-à-dire une malformation congénitale dont souffrent les enfants. Les nouveaux nés ont alors un cerveau anormalement petit, voire meurent In utero. Le Zika est également soupçonné d'être lié au syndrome neurologique de Guillain-Barré (SGB), pouvant entraîner dans quelques rares cas une paralysie irréversible. Dans l'immédiat, il n'existe pas de solution autre qu'une protection à l'aide de répulsifs, même si des laboratoires ont annoncé se lancer dans la recherche d'un vaccin.
Si la propagation du virus inquiète autant, c'est parce que le moustique tigre, ou Aedes, est une espèce extrêmement invasive : il suit donc l'homme dans ses déplacements. Originaire d'Asie du sud-est, il s'est étendu à l'Afrique, aux Amériques, et à l'Europe depuis les années 1970. Arrivée en France en 2004, il monte peu à peu vers le nord. Le changement climatique pourrait être une des raisons de son adaptation à de nouveaux environnements.